La Salsa: au delà d'une mode, un art de vivre ...
 
par Cliford Jasmin

Depuis maintenant quelques cinq ans la Salsa semble avoir le vent en poupe à Paris. De plus en plus d'écoles de danses, de clubs de la capitale s'y mettent; certains y consacrent un jour ou deux , d'autres, carrément la semaine entière, récupérée par la télé, le cinéma, les magazines à grand tirage, la Salsa figure aujourd'hui parmi les sujets dits "porteurs". Faut-il déjà craindre l'insoutenable éphémérité de la mode qui veut que dès qu'elle jette son dévolu sur quelque chose, quelle qu'elle soit, c'est pour la dépouiller, la dénaturer, avant de la laisser aux oubliettes et se tourner vers de nouvelles conquêtes ?

S'il est, en effet, fort probable qu'un jour proche ou lointain les outils de fabrication de modes montrent moins d'intérêt pour la Salsa, ils ne pourront néanmoins en venir à bout; car elle ne vient pas de ces usines de produits préfabriqués pour "marcher", elle ne répond pas à ces labels périmables à consommer tout de suite, tel du surgelé, ou encore à ces "produits kleenex" dont on se débarrasse après usage. La Salsa au delà d'une mode, est un art de vivre. Je parle de cette musique qui, depuis des décennies fait danser toute l'Amérique latine et la Caraïbe, de ce rythme qui a servi et sert encore de rempart identitaire à la communauté latino dans les grandes métropoles d'Amérique du nord (New York , Miami, Los Angeles etc.). La Salsa se fait tour à tour le porte-parole des peuples opprimés de ces régions du monde, des ghettos, et la voix de l'amour. Elle reflète souvent les multiples visages que peuvent prendre le sentiment amoureux dans la culture latine où vénération de la femme et machisme semblent faire bon ménage ...

"Déjate querer, mujer cruel".

Nous danseurs, il ne nous reste plus qu'à interpréter cette musique qui nous porte, nous insuffle son énergie; à la faire vivre à notre tour à travers notre corps, nos pas, nos gestes , à essayer de l'extérioriser dans notre rapport à l'autre et tant mieux si elle se fait complice d'un désir ou d'un caprice... après tout, n'y a-t-il pas au fondement même de la danse de couple, la rencontre de deux êtres qui, à travers des mouvements harmonieux vont se raconter et se donner l'un à l'autre et peut-être atteindre le summum, à savoir cette sorte d'unité recréée dans la dualité . La danse, c'est je crois, une histoire qui se dit avec le corps, une musique qui se fait chair . Il m'a toujours paru superflu de parler en évoluant sur une Salsa, un boléro ou un tango; dès les premiers pas, il se dit déjà des choses entre les partenaires, sauf qu'en guise de mots, on esquisse des gestes. En ce sens la meilleure figure ou le plus complexe des jeux de pieds n'a de sens que par sa musicalité et les sentiments dont on l'investit, le plus beau mot n'est agréable et ne fait de l'effet que par le ton qu'on lui donne et les sentiments qu'on y fait passer. Il en est de même quand on danse: la meilleure technique en danse, c'est celle qui sait, jusqu'à se faire oublier, se mettre au service d'une émotion. La Salsa est d'abord et avant tout un élan du cœur...

- Cliford Jasmin
Danseur, Chorégraphe, Directeur Artistique de Salsabor

 

 


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